Dormir est indispensable au bon fonctionnement du cerveau. Mais la durée et la qualité du sommeil pourraient également être liées à la façon dont nos capacités cognitives et notre cerveau évoluent avec l’âge. Plusieurs études récentes ont observé des associations entre certaines habitudes de sommeil, le déclin cognitif et des marqueurs associés à la maladie d’Alzheimer.
Dormir trop peu pourrait être associé à un déclin cognitif plus précoce
Une étude longitudinale portant sur plus de 5 000 adultes âgés a observé que les personnes déclarant dormir peu présentaient, en moyenne, une accélération plus précoce du déclin de certaines fonctions cognitives, notamment la mémoire immédiate et la vitesse de traitement de l’information.
D’autres travaux ont également établi un lien entre une durée de sommeil plus courte à certains âges et davantage de dépôts cérébraux de bêta-amyloïde, une protéine impliquée dans la maladie d’Alzheimer.
Mais dormir très longtemps n’est pas forcément synonyme de meilleure protection
La relation semble plus complexe qu’un simple « plus on dort, mieux c’est ».
Une méta-analyse récente de 31 études longitudinales, représentant plus de 13 millions de participants, a trouvé une association en forme de U : les durées de sommeil inférieures à 6 heures ou supérieures à 8 heures étaient associées à un risque plus élevé de maladie d’Alzheimer.
Cela ne signifie toutefois pas que dormir longtemps provoque Alzheimer.
Chez certaines personnes âgées, une augmentation de la durée du sommeil pourrait au contraire être une conséquence ou un signe précoce de changements neurologiques déjà en cours.
La qualité et les différentes phases du sommeil comptent aussi
La durée totale n’est qu’une partie de l’histoire.
Une étude ayant suivi 270 personnes pendant 13 à 17 ans a constaté qu’une proportion plus faible de sommeil lent profond et de sommeil paradoxal était associée à des volumes plus faibles dans certaines régions cérébrales vulnérables à la maladie d’Alzheimer.
Des recherches récentes ont également associé la mauvaise qualité du sommeil, la somnolence diurne et certains symptômes d’insomnie à des biomarqueurs ou à des caractéristiques cérébrales liés à la neurodégénérescence et à Alzheimer.
Attention : association ne signifie pas causalité
C’est le point essentiel à retenir.
Ces études ne permettent pas d’affirmer qu’une personne développera Alzheimer parce qu’elle dort trop peu ou trop longtemps.
La relation peut fonctionner dans plusieurs directions : des troubles du sommeil pourraient contribuer à certains processus pathologiques, mais les changements cérébraux précédant la maladie pourraient également perturber le sommeil.
L’âge, l’état de santé, les troubles respiratoires du sommeil, les médicaments, l’activité physique et de nombreux autres facteurs peuvent également influencer simultanément le sommeil et la santé cérébrale.
Faut-il s’inquiéter de quelques mauvaises nuits ?
Non. Les recherches portent généralement sur des habitudes persistantes observées sur de longues périodes, et non sur quelques nuits difficiles.
En revanche, une modification durable du sommeil, une somnolence diurne importante, des insomnies persistantes ou des troubles de mémoire méritent d’être discutés avec un professionnel de santé afin d’en rechercher la cause.
À retenir
Les données scientifiques établissent aujourd’hui un lien entre le sommeil et la santé cognitive, mais elles ne permettent pas de réduire le risque d’Alzheimer à un nombre précis d’heures passées au lit.
La durée, la qualité et l’architecture du sommeil semblent toutes avoir leur importance. Surtout, les chercheurs continuent d’étudier si les perturbations du sommeil sont une cause, une conséquence précoce de la neurodégénérescence, ou une combinaison des deux.